Première partie
L’instantané issu des collections de l’Institut
Histoire
Agnes et Nora voient leur père débarquer après de longues années d’absence. Réalisateur de renom, il propose à Nora, comédienne de théâtre, de jouer dans son prochain film, mais celle-ci refuse avec défiance. Il propose alors le rôle à une jeune star hollywoodienne, ravivant des souvenirs de famille douloureux.
Générique
Affeksjonsverdi. Norvège, 2025, couleur, 134 min., vostf.
Réalisation : Joachim Trier. Scénario : Eskil Vogt, Joachim Trier. Avec : Renate Reinsve (Nora Borg), Stellan Skarsgård (Gustav Borg), Elle Fanning (Rachel Kemp), Inga Ibsdotter Lilleaas (Agnes Borg Pettersen), Anders Danielsen Lie (Jakob), Jesper Christensen (Michael).
Ce sujet rare et puissant reste élégamment implicite, entre les lignes d’un portrait de famille d’une délicatesse exceptionnelle. Plusieurs points de vue s’y entremêlent, y compris celui, improbable et casse-gueule, de la maison, à Oslo, témoin inanimé d’événements secrets et tragiques, au fil des générations. […] Au-delà des paroles impardonnables, des blessures inguérissables, le film est travaillé par d’autres forces, orienté vers une autre lumière, in extremis plus douce et humaniste, que celle de la modernité bergmanienne.
Louis Guichard, Télérama n° 3945, 20 août 2025, p. 50.
Joachim Trier
Né en 1974
Le succès international d’Oslo 31 août (2011), adaptation du Feu follet de Drieu La Rochelle, propulse ce diplômé de la National Film and Television School en Angleterre sur le podium du cinéma d’auteur scandinave. Le film révèle aussi le talent de son acteur principal, Anders Danielsen Lie. Il tourne ensuite Back Home (2015) aux États-Unis avec un casting prestigieux, Gabriel Byrne et Isabelle Huppert dans les rôles des parents, et Jesse Eisenberg dans celui du fils aîné. Renate Reinsve, qui irradie de sa présence Julie (en 12 chapitres) (2021), confirme la capacité de Joachim Trier de découvrir des acteurs et de permettre à tous ses interprètes de donner le meilleur d’eux-mêmes. Sa mise en scène dépeint dans leurs complexités, avec nuances et sans jugement, la confrontation de personnalités affirmées et la façon dont elles évoluent au gré des liens amicaux, amoureux, familiaux qu’elles tissent. Il est difficile de ne pas se projeter dans le tournoiement des sentiments dans lesquels les protagonistes se débattent, les bonheurs et les drames, les espoirs et les aveuglements, les liens familiaux hantés de non-dits, d’incompréhensions, de rancœurs, de révélations tardives. Et comment, dans le récit de ces existences, ne pas sentir résonner l’irrésistible travail du temps.
Jacques Kermabon