Première partie
L’instantané issu des collections de l’Institut
Histoire
Hiroshima, 6 août 1945. Un terrible éclair déchire le ciel, suivi d’un souffle terrifiant. L’Enfer se déchaîne. Des corps mutilés et fantomatiques se déplacent parmi les amas de ruines. Au même moment, Yasuko fait route sur son bateau vers la maison de son oncle. Une pluie noire s’abat alors sur les passagers.
Générique
Kuroi ame. Japon, 1988, noir et blanc, 123 min, vostf.
Réalisation : Shōhei Imamura. Scénario : Shōhei Imamura, Toshiro Ishido, d’après le roman Kuroi ame et la nouvelle Yohai taicho de Masuji Ibuse. Avec : Kazuo Kitamura (Shigematsu Shizuma), Etsuko Ichihara (Shigeko Shizuma), Yoshiko Tanaka (Yasuko Takamaru), Shoichi Ozawa (Shokichi, une victime de la bombe), Tomie Ume (Tane, l’épouse de Shokichi).
Critique
À une simple protestation idéaliste contre la guerre et la bombe, Imamura préfère la description d’êtres dont la survie est en elle-même une protestation constante contre toute forme de mal. Son film est à l’image de ses personnages : avec une lenteur calculée, jamais pesante, chaque image affirme son existence, tout en laissant pressentir sa fin prochaine, ce qui la rend d’autant plus précieuse et émouvante.
Véronique Blin, Tous les films 1989, Éd. Chrétiens Média, 1990, p. 285.
Shôhei Imamura
1926 • 2006
L’œuvre intense et subversive d’Imamura dépeint l’histoire du Japon, celle de l’après-guerre violente qu’il a connue et dans laquelle il voit la résurgence des pulsions et des instincts les plus primitifs de la société de son pays. Après avoir exercé plusieurs métiers, il entre au studio Shōchiku en 1951 comme assistant-réalisateur, notamment pour Ozu, puis à Nikkatsu en 1954, où il écrit de nombreux scénarios qui renouvellent les genres et les formes du cinéma nippon, avant de passer à la mise en scène en 1958. Avec Cochons et Cuirassés (1961) et La Femme insecte (1963) s’affirme la forme naturaliste d’Imamura. Le cinéaste se présente volontiers comme un entomologiste qui regarde ses personnages tels des insectes prisonniers d’une toile d’araignée, se refusant à toute explication psychologique de leurs comportements. Si la prostitution est au cœur d’un grand nombre des films d’Imamura, c’est sans doute parce que la libération sexuelle est une manière pour le cinéaste de faire exploser les barrières de l’ordre établi (Désir meurtrier, 1964, La vengeance est à moi, 1979). Entre fictions et documentaires, réalisme et onirisme, Imamura à l’art et la manière de lier l’histoire et la société aux motivations obscures et parfois déviantes de ses individus. En 1983, Imamura reçoit, au festival de Cannes, sa première Palme d’or pour La Ballade de Narayama, film-charnière d’une œuvre plus apaisée. Du moins en apparence, car sa seconde Palme d’or, De l’eau tiède sous un pont rouge (2000), qui est aussi son dernier film, pose un regard toujours aussi « intranquille » sur les êtres, leurs désordres et leurs névroses.
Vincent Vatrican