Au début du XXe siècle, dans la région du Bengale, Nikhil et Sandip sont deux amis pris dans les bouleversements de la colonisation et les aspirations de la lutte nationaliste. Leur affrontement, politique et moral – Nikhil est propriétaire terrien alors que Sandip est un charismatique orateur politique – prend une autre tournure lorsque la femme de Nikhil, Bimala, sort de sa réclusion traditionnelle. Elle vient se placer au centre de ce qui devient un triangle amoureux.
Ghare-Baire, Inde, 1984, couleur, 138 min., vostf.
Réalisation : Satyajit Ray. Scénario : S. Ray d’après le roman de Rabindranath Tagore. Avec : Swatilekha Chatterjee (Bimala Choudhury), Soumitra Chatterjee (Sandip Mukherjee), Victor Banerjee (Nikhil Choudhury), Gopa Aich (la belle-sœur).
Que le monde aille à sa perte, Ray le constate comme faisant partie du mouvement des choses, mais il n’y a chez lui aucun dédain pour des humains dont il observerait de haut les passions affolées. La Maison et le Monde témoigne d’un pessimisme évident, mais le regard de Ray demeure chaleureux et bienveillant, faute de quoi il n’aurait pas pu dessiner des personnages aussi pathétiques que ceux de Nikhil et de Bimala, si loin de nous par leur culture et leur univers, et en même temps si proches, parce qu’universels.
Alain Philippon, « Sous le signe du brasier », Cahiers du cinéma n° 370, avril 1985, p. 6.
Satyajit Ray
1921 • 1992
Trente-six films, fictions et documentaires, composent cette partition qui chante une culture, un pays, une région : le Bengale. Né dans une famille érudite, dont le grand-père fut l’ami de Rabindranath Tagore, Satyajit Ray est très jeune fasciné par la musique classique occidentale et le cinéma américain. Sa rencontre avec Jean Renoir, dont il devient l’assistant sur Le Fleuve (1951), est déterminante. Ces influences, et d’autres encore, irriguent le cinéma de Ray, transcendé par un esprit épris de liberté et d’universalité. Entre la tentation du néoréalisme transposé dans la campagne indienne (la trilogie d’Apu) et la séduction d’un exotisme funèbre au cœur de l’aristocratie bengalie (Le Salon de musique, 1958), l’œuvre possède différentes tonalités, à la fois poétiques, divertissantes et engagées (La Déesse, 1960, L’Adversaire, 1970, Les Branches de l’arbre, 1990). Le cinéma de Satyajit Ray brille d’un style que nul effet gratuit ne vient brouiller. Un art dont il approfondit de film en film la maîtrise et dont le secret tient sans doute au fait qu’il a toujours placé l’humain au centre de ses préoccupations.
Vincent Vatrican