Conquérant de Troie, Ulysse essuie la malédiction de Cassandre, qui lui prédit que les dieux contrarieront son retour jusqu’à sa mère patrie, Ithaque. De fait, une série de péripéties et de confrontations périlleuses vont considérablement le retarder. Mais le plus grave se joue à Ithaque, son royaume, où la reine Pénélope, sa femme, l’attend depuis de longues années déjà.
Ulisse, Italie, 1953, couleur, 105 min.
Réalisation : Mario Camerini. Scénario : Franco Brusati, M. Camerini, Ennio De Concini, Hugh Gray, Ben Hecht Ivo Perilli, Irwin Shaw d’après L’Odyssée d’Homère. Avec : Kirk Douglas (Ulysse), Silvana Mangano (Pénélope et Circé), Anthony Quinn (Antinous), Franco Interlenghi (Télémaque), Rossana Podesta (Nausicaa), Jacques Dumesnil (Alkinos).
Cette superproduction mythologique initiée par Dino De Laurentiis et Carlo Ponti participa à l’essor du cinéma italien d’après-guerre, capable de rivaliser avec Hollywood sur la scène internationale. Le génie artisanal de techniciens européens, plus l’intellectualisme de grands scénaristes, plus le charisme d’une star américaine : cette équation aura de beaux jours devant elle. Ulysse est l’un des premiers films de ce genre nouveau, suivi deux ans plus tard par Guerre et Paix […] par le même duo de producteurs italiens, au budget et à la distribution encore plus exceptionnels. Ulysse de Mario Camerini va aussi ouvrir la voie à de nombreux films d’aventures antiques ou mythologiques moins prestigieux mais tout aussi populaires produits en Italie dans les années 50 et 60, avec notamment la mode du péplum et ses héros à gros bras.
Olivier Père, www.arte.tv, 20 décembre 2017
Mario Camerini
1895 • 1981
Il est, sinon l’inventeur, du moins l’un des meilleurs représentants du cinéma des « téléphones blancs », si caractéristique des années 1930 en Italie, représentation douce-amère de ces petites gens qui, faute de pouvoir lutter contre le fascisme, se réfugient dans un imaginaire façonné par le modèle hollywoodien. Les Hommes, quels mufles (1932) où brille le jeune Vittorio de Sica, résume sans doute le style du cinéaste, fait de légèreté, de mélancolie, d’ironie parfois, un style proche de celui d’un René Clair, très marqué par son époque. Passé l’avènement du néoréalisme, Camerini n’est plus en phase avec la société dans laquelle il puisait jusque-là l’inspiration de ses chroniques et n’a plus grand appétit de cinéma. Sa filmographie présente malgré tout quelques bonnes surprises, parmi lesquelles, dans des registres opposés, une superproduction qui relance la tradition populaire du péplum (Ulysse, 1953) et une comédie policière au casting prestigieux, tournée à Monaco (Chacun son alibi, 1960). À la fin de sa vie, il se consacre entièrement à la cinémathèque de Milan, qu’il a contribué à fonder.
Vincent Vatrican