Un jeune curé de campagne du pays d’Artois, l’abbé Donissan, ploie sous le poids des péchés du monde. Il est fragile et angoissé. Il a recours à la mortification. Son supérieur, le doyen Menou-Segrais, essaie de le raisonner et de tempérer son zèle qu’il trouve quelque peu démesuré. Donissan, entre autres missions impossibles, s’est imposé celle de sauver l’âme d’une paroissienne dévoyée, Mouchette.
France, 1986, couleur, 103 min.
Réalisation : Maurice Pialat. Scénario et adaptation : Sylvie Danton et Maurice Pialat d’après le roman de Georges Bernanos. Avec : Gérard Depardieu (Donissan), Sandrine Bonnaire (Mouchette), Maurice Pialat (Menou-Segrais), Alain Artur (le marquis de Cadignan), Yann Dedet (Gallet), Brigitte Legendre (la mère de Mouchette), Jean-Claude Bourlat (Malorthy), Jean-Christophe Bouvet (le maquignon).
Ni adaptation, ni trahison, le mot qui convient au travail de Pialat sur le livre de Bernanos est plutôt celui de collision : volonté de retrouver ses propres marques, en arrachant au livre les plans, les séquences, les personnages, les mots, et surtout cette beauté crépusculaire qui irradie tout le film. Sous le soleil de Satan est donc un film crépusculaire, où les personnages, cachés dans l’ombre, sont en proie au tourment, partagés entre la « tentation du désespoir » et la recherche vaine d’une lumière secrète.
Serge Toubiana, Cahiers du cinéma n° 397, juin 1987, p. 7.
Maurice Pialat
1925 • 2003
Auguste Renoir disait qu’il fallait toujours peindre le bouquet du côté où on ne l’avait pas préparé. La formule, qui correspond bien à la façon qu’avait Maurice Pialat de bousculer les tournages, est d’autant plus plaisante à citer que le cinéaste fut d’abord peintre. Après les Beaux-Arts, n’arrivant guère à exposer, il vécut de boulots alimentaires (représentant, visiteur médical, etc.) et, pour se distraire, réalisa quelques films amateurs, dont des burlesques. C’est par le reportage qu’il entame une carrière professionnelle avec une série de courts métrages réalisés en Turquie ou dans des coins de France. On retrouve des traces de cette expérience de reporter dans Nous ne vieillirons pas ensemble (1971), dans lequel Jean Yanne joue son alter ego face à Marlène Jobert. Cette façon de puiser dans l’intime de sa vie se retrouve dans une facette de son œuvre (Loulou, 1979 ; Le Garçu, 1994). Contemporain de la Nouvelle Vague, Pialat est venu tard au cinéma. Il a quarante-trois ans quand sort L’Enfance nue (1967), mais s’impose peu à peu comme une référence pour nombre de jeunes cinéastes après À nos amours (1983). On a cité à son propos des influences de Jean Renoir, de Robert Bresson, mais il est demeuré un franc-tireur traînant derrière lui une réputation de réalisateur irascible, éternel râleur, à la mesure de la haute exigence qui l’habitait et qui le laissait toujours insatisfait. Détestant les images léchées, les artifices des comédiens, il aimait mêler professionnels et amateurs, déstabilisait ses interprètes pour tendre vers une authenticité qu’il fut un des rares à obtenir.
Jacques Kermabon