Après quatorze ans de vie commune, Ale et Alex ont une idée un peu folle : organiser une fête pour célébrer leur séparation. Si cette annonce laisse leurs proches perplexes, le couple semble certain de sa décision. Mais l’est-il vraiment ?
Volveréis, Espagne, France, 2024, 114 min., vostf.
Réalisation : Jonás Trueba. Scénario : Jonás Trueba, Itsaso Arana, Vito Sanz. Avec : Itsaso Arana (Ale), Vito Sanz (Alex).
Rêvant sans cesse de refaire le film et ne se privant pas de le rembobiner ou l’accélérer sur la table de montage, Trueba se montre plus joueur avec la forme qu’auparavant. Il aime toujours jeter des citations dans son moteur, regardant cette fois vers le Hollywood classique, de Leo McCarey à Blake Edwards, mais donne surtout à sentir l’écart qui nous sépare des comédies de remariage d’antan, où les amants se chamaillent pour mieux se réconcilier. Notre époque serait plutôt celle des comédies de rupture en mode mineur, la chronique au sourire triste, le mélo faussement désinvolte, l’esquisse en demi-teinte plutôt que les engueulades burlesques et le romantisme au marteau-piqueur.
Sandra Onana, Libération, mercredi 28 août 2025, p. 22-23.
Jonás Trueba
Né en 1981
Il a fallu Eva en août (2020), son cinquième long métrage, pour que Jonás Trueba s’impose au-delà des frontières de son pays d’origine comme une des principales figures du cinéma contemporain. Fils du cinéaste Fernando Trueba, nourri tout autant d’une vaste cinéphilie que de pratiques pédagogiques autour du cinéma, il élabore une œuvre composite qui se joue des frontières entre écriture et improvisation, réalité et fiction. Ses films partent souvent d’une situation, une jeune femme esseulée dans un été madrilène suffoquant (Eva en août), d’un principe, suivre un groupe d’adolescent pendant cinq ans (Qui à part nous, 2021), d’une décision, un couple voulant organiser une fête pour leur séparation (Septembre sans attendre, 2024). L’enjeu n’est pas tant de tendre vers une quelconque résolution, que de faire éprouver au spectateur, dans le présent de l’action, les hésitations, les oscillations des âmes et les transformations ainsi provoquées, donnant la sensation que ces tourbillons de sentiments naissent sous nos yeux comme autant d’interrogations tendres et amusées sur les trajets de nos vies et le devenir de nos existences.
Jacques Kermabon