La cinéaste allemande Helga Fanderl (née en 1947) réalise tous ses films en Super 8, sur une seule bobine, sans aucun traitement après le tournage : ni montage, ni sonorisation, ni titrage. L’acte de création se joue entièrement in situ : la caméra est à la fois l’outil et le médium de cette expérience immédiate. « L’œil collé au viseur, la caméra à la main, je perçois et enregistre simultanément », explique-t-elle. Ses films, attentifs aux frémissements du réel, décrivent moins une réalité objective qu’un paysage intérieur. « Je pense que mon amour pour la poésie m’a profondément marquée ; mes films sont intimistes, loin des épopées ».
Depuis 1986, Helga Fanderl a réalisé près de mille films, autant d’instants préservés dans leur éclat évanescent, qui offrent au spectateur une manière renouvelée de voir le monde, proche de la sensibilité de l’enfance. À chaque invitation d’un musée, d’une cinémathèque ou d’un festival, elle puise dans sa vaste collection d’images et compose un programme unique : un « film » éphémère, suite ordonnée de pellicules Super 8 ou 16 mm, qu’elle projette elle-même aux côtés des spectateurs.
Pour sa séance « monégasque », intitulée Plein air, l’artiste dévoile son « sentiment de la nature au miroir de Nicolas Poussin » à travers un geste de programmation, qu’elle décrit comme « un tissu dense et aérien de correspondances et de contrastes entre les thèmes, les couleurs, les rythmes et les textures ».
Estelle Macé
Films Super 8 (couleur, silencieux)
Films 16 mm (noir & blanc, silencieux)
Films 16 mm (couleur, silencieux)
Point de vue
Helga Fanderl filme des événements du quotidien : oiseaux en vol, pêcheurs dribblant avec des paniers de poissons, enfants jouant dans un parc… La cinéaste transpose immédiatement, pour chaque mini-évènement, ses émotions en grosseurs de plans, en mouvement et chromaticité adéquats. Cet organe artificiel (à la fois tactile et capteur) qu’est la caméra, traduit tout, comme un cerveau, en vibrations visuelles.
Raphaël Bassan, Bref n°99, septembre-octobre 2011.