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Paris, Texas Wim Wenders (1984)
mardi 12 mai 2026, 19 h Théâtre des Variétés

Cinéma retrouvé

Comme poussé par une idée fixe, un homme marche dans le désert américain. Il s’appelle Travis et revient auprès des siens, qui le tenaient pour mort ou disparu. Il ne parle pas, même lorsqu’il retrouve son frère Walt qui, avec sa femme Anne, élève comme son propre fils Hunter, l’enfant de Travis. Le film retrace les étapes du « retour » de Travis chez les « vivants ».

République fédérale d’Allemagne, France, 1984, couleur, 150 min., vostf.
Réalisateur : Wim Wenders. Scénario : Sam Shepard. Avec : Harry Dean Stanton (Travis), Nastassja Kinski (Jane), Dean Stockwell (Walt), Aurore Clément (Anne), Hunter Carson (Hunter), Bernhard Wicki (le docteur Ulmer).

Paris, Texas est le film de Wim Wenders le plus limpide, le plus épuré, le plus fascinant pour ses plans de déserts californiens ou de gratte-ciel à Houston, pour ses images contemplatives, traversées de lignes droites et aspergées de taches rouges qui évoquent irrésistiblement les tableaux d’Edward Hopper. C’est aussi un film bourré d’émotions, une fiction captivante où l’austérité d’Au fil du temps, la désespérance aride de L’État des choses sont remplacées par une constante connivence avec les souffrances des personnages, un frémissement de tous les instants.
Jean-Luc Douin, Télérama, septembre 1984, p. 71.

Wim Wenders
Né en 1945

Wenders représente, depuis les années 1970, une figure majeure du renouveau du cinéma allemand, aux côtés de Rainer Werner Fassbinder et Werner Herzog. Il apparaît comme le digne héritier d’un certain cinéma moderne dont Antonioni ferait figure de maître, où l’errance et l’incommunicabilité s’imposeraient comme principaux motifs, où le cinéma américain classique se donnerait à voir comme la nostalgie d’un horizon indépassable, et qui reconnaîtrait en Yasujiro Ozu un autre père spirituel auquel Wenders rend un émouvant hommage avec Tokyo-Ga (1983). Sa notoriété internationale lui vaut de tourner en France puis aux Etats-Unis. Sa première expérience, Hammett (1981), produit par Francis Ford Coppola, vire au cauchemar et lui inspire L’État des choses (1981), qui raconte un tournage qui se délite. Si ce film, tourné au Portugal, s’affiche comme une réflexion sur le cinéma, cette dimension a toujours été présente dans son œuvre de façon plus ou moins explicite, prenant consistance au travers d’objets optiques, d’outils de prises de vues ou de projection, de miroirs avec ou sans tain. Cette dimension réflexive touche plus largement au statut des images, en particulier photographiques, art que pratique aussi Wenders. Une veine documentaire, amorcée avec Nick’s Movie (1980), poursuivie avec Buena Vista Social Club (1999), s’est étoffée ces dernières années avec des portraits de chanteurs de blues, de Pina Bausch, d’Anselm Kiefer. Elle irrigue aussi Perfect Days (2023), fable philosophique minimaliste sur la routine d’un employé de toilettes publiques à Tokyo.
Jacques Kermabon

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