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Palombella rossa Nanni Moretti (1989)
dimanche 22 mars 2026, 15 h Cinéma de Beaulieu

Cinéma retrouvé

En première partie, un instantané issu des collections de l’Institut.

À la suite d’un accident de voiture, un jeune député communiste italien est frappé d’amnésie. Des souvenirs de son passé ressurgissent pêle-mêle au cours d’un match de waterpolo dont il est l’un des héros.

Palombella rossa, Italie, France, 1989, couleur, 89 min., vostf.
Réalisation et scénario : Nanni Moretti. Avec : Nanni Moretti (Michele Apicella), Asia Argento (Valentina, la fille de Michele), Silvio Orlando (l’entraîneur), Mariella Valentini (la journaliste).

Palombella rossa est le film le plus contemporain qu’il nous est donné de voir depuis longtemps, et confirme que Moretti est un sismographe de génie. Il y est dit des choses capitales sur le langage (sur la nécessité de renouer avec le vrai sens des mots), contre la « communication », le babil médiatique, la langue de bois qui, au-delà de la politique, imprègne toute la vie sociale. […] C’est un film magistral de notre temps, l’œuvre d’un cinéaste qui sera au cœur des années 90, pour qui le cinéma est aussi et surtout affaire de morale.
Serge Toubiana, Cahiers du cinéma n° 425, novembre 1989, p. 21.

Nanni Moretti
Né en 1953

Figure centrale du cinéma transalpin, Nanni Moretti tourne en solitaire ses premiers films en Super 8. Il s’impose très vite comme un artiste majeur qui sait conjuguer, en des formes inédites, questions politiques et déambulations personnelles, renouvelant ainsi, tout à la fois, le cinéma comique et le film politique. Comme la plupart des burlesques, il se met en scène lui-même, incarnant des personnages (cinéaste, prêtre, joueur de water-polo…) en proie aux doutes et confrontés à des communautés trop inertes à leur goût. Ni héros ni martyr, il figure comme citoyen-aiguillon d’un monde qu’il bouscule à la fois pour en révéler les travers et le pousser à réagir. Sa mise en scène est à l’aune de cette ambition, incisive, tranchante, propre à ébranler le confort des spectateurs et leur posture bien-pensante. Ses cibles favorites ne sont d’ailleurs pas tant ses ennemis politiques que ceux dont il se sent proche et qu’il n’a de cesse d’interpeller jusqu’à Vers un avenir radieux (2023). Si Journal intime (1993), marqué par sa maladie, signe un tournant plus apaisé, une manière de prendre du champ avec la politique, il y revient à propos des figures de Berlusconi (Le Caïman, 2006) et du pape (Habemus papam, 2010). La Chambre du fils (2000) ouvre un autre aspect de son œuvre, centré sur les relations familiales, poursuivi avec Tre piani (2021).
Jacques Kermabon

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