Takumi et sa fille Hana vivent dans le village de Mizubiki, près de Tokyo. Comme leurs aînés avant eux, ils mènent une vie modeste en harmonie avec leur environnement. Le projet de construction d’un « camping glamour » dans le parc naturel voisin, offrant aux citadins une échappatoire « tout confort » vers la nature, va mettre en danger l’équilibre écologique du site et affecter profondément la vie de Takumi et des villageois.
Aku wa sonzai shinai, Japon, 2023, couleur, 106 min., vostf.
Réalisation et scénario : Ryûsuke Hamaguchi. Avec : Hitoshi Omika (Takumi), Ryo Nishikawa (Hana), Ryûji Kosaka (Takahashi), Ayaka Shibutani (Mayazumi).
Le plaisir éprouvé devant un film de Ryûsuke Hamaguchi tient beaucoup à l’imprévisibilité de ses récits, mus par le tourbillon des sentiments. Chose inédite : si les surprises sont nombreuses dans Le mal n’existe pas, elles ne semblent pas venir des individus eux-mêmes mais d’une force qui les dépasse, échappée d’un tiroir que le cinéaste n’avait pas encore ouvert – la nature, le monde des non-humains, toutes ces vies menées à l’écart des villes et des chambres autour desquelles Hamaguchi, citadin des pieds à la tête, a l’habitude de broder ses épopées intimes.
Élie Raufaste, Cahiers du cinéma n° 808, avril 2024, p. 33.
Ryûsuke Hamaguchi
Né en 1978
Auréolé d’un Oscar avec Drive My Car (2021), d’après Haruki Murakami, Ryûsuke Hamaguchi s’affirme comme une valeur sûre des principaux festivals internationaux et l’une des voix les plus attendues du cinéma contemporain. Cinéphile tardif, Hamaguchi s’entiche du septième art pendant ses études de lettres. En 2006, il intègre la deuxième promotion « cinéma » de l’Université des arts de Tokyo. Il voit alors plusieurs centaines de films par an. Par le réalisateur Kiyoshi Kurosawa qui y enseigne, il acquiert une conscience aiguë des capacités expressives de la caméra. Son film de fin d’études, Passion (2008), lui offre une certaine notoriété. Le tsunami de 2011 l’amène à réaliser une trilogie documentaire avec Ko Sakai. Si l’imminence d’une catastrophe possible imprègne son œuvre, la réalité y est dépeinte comme menacée par une permanente instabilité où une parole, un trait du hasard peuvent modifier durablement des vies. Sous des approches à chaque fois différentes, ses films, aux capacités d’introspection prononcées, donnent à percevoir une réalité à facettes, l’inévitable incomplétude de toute perception, et dépeignent des existences hantées par le poids d’un invisible et de non-dits.
Jacques Kermabon