Première partie
L’instantané suivi d’un court métrage : Les Bottes de la nuit, Pierre-Luc Granjon, France, 2024, 12 min
Générique
Remember the Night. États-Unis, 1939, noir et blanc, 94 min, vostf
Réalisation : Mitchell Leisen. Scénario : Preston Sturges. Avec : Barbara Stanwyck (Lee Leander), Fred MacMurray (John Sargent), Beulah Bondi (Madame Sargent), Elizabeth Patterson (tante Emma), Willard Robertson (Francis X. O’Leary), Sterling Holloway (Willie), Charles Waldron (le juge, à New York).
Histoire
À l’approche de Noël, Lee Leander, une jeune pickpocket aussi séduisante qu’insaisissable, est arrêtée après une tentative de vol dans une bijouterie. En attendant son procès, le procureur John Sargent s’émeut de son sort et lui évite de passer Noël derrière les barreaux. La découvrant seule et sans ressources, il est contraint de l’emmener passer les fêtes dans sa propre famille.
Critique
Leisen, qui a acquis en quelques années un métier très sûr, […] nous livre une de ses œuvres les plus personnelles et les plus émouvantes au premier degré. [Il] imprègne Remember the Night d’une atmosphère de conte de Noël pour adultes. L’intrigue du procureur qui remet sur le droit chemin la voleuse, relue par Leisen à travers le scénario de Sturges, devient l’union de l’enfant gâté (MacMurray) et de l’enfant mal-aimée (Stanwyck), suivie de leur seconde naissance à tous deux à l’occasion des fêtes de Noël. Comme de coutume le réalisateur rend l’héroïne plus honnête, plus sincère que le héros.
Yann Tobin, Positif n° 322, décembre 1987, p. 38.
Mitchell Leisen
1898 • 1972
L’abondante production de Mitchell Leisen – une cinquantaine de titres à son actif – est un des secrets les mieux gardés du cinéma hollywoodien. Malgré les budgets dont il a bénéficié, les nombreux succès rencontrés, son œuvre a sombré dans l’oubli. On raconte que, enfant maladif de parents divorcés alors qu’il n’a que cinq ans, il passe son temps à composer des bouquets et à concevoir des décors pour son théâtre de poupées. Devenu architecte à Chicago, il s’ennuie assez vite et part tenter sa chance à Hollywood. Il débute comme costumier et décorateur sous la direction de Cecil B. DeMille. En 1933, la Paramount lui propose d’être assistant-réalisateur d’un certain Stuart Walker sur deux films, dont la réussite s’avère très vite due aux qualités de Leisen. Au-delà de son goût pour le décor, devenu réalisateur, celui-ci fait preuve d’une conscience aiguë des capacités expressives de l’image. Prenant de l’assurance, il se révèle aussi capable d’adapter, sur le tournage, dialogues et situations, pour permettre aux comédiens, mis en confiance, de donner le meilleur d’eux-mêmes. Sa production est trop éclectique – il a apposé sa touche personnelle dans tous les genres, les entremêlant parfois – pour être résumée en une formule. Découvrir chacun de ses films ajoute à l’incompréhension. On peine à comprendre pourquoi l’œuvre de Leisen demeure méconnue alors qu’elle ne démérite en rien à côté des Capra, Cukor, Wilder et autre Sturges.
Jacques Kermabon