Conversation avec Nicolas Philibert, animée par Jacques Kermabon
Parler de « mise en scène documentaire » est une façon de suggérer que, si on peut opposer ce genre à la fiction, la frontière entre ces deux pratiques est éminemment poreuse. Dans les deux cas, les créateurs sont amenés à se poser des questions d’image, d’espace, de rythme, d’environnement sonore, de champ et de hors-champ, de mouvement et d’immobilité, et à interroger sans relâche la relation aux personnes filmées. Y a-t-il des partis pris qui président à la mise en scène ? Celle-ci relève-t-elle de principes généraux, de cadres éthiques que le cinéaste se donne ou d’un mode opératoire qui s’impose au regard de la réalité filmée pour se réinventer à chaque projet ? Quelle est la part du montage dans le processus de création ?
Extraits de films à l’appui, Nicolas Philibert prolongera ces questionnements à l’aune de sa pratique de la mise en scène et des évolutions qu’elle a pu connaître.
>> Le cinéma de Beaulieu projettera Nénette (2009) le dimanche 25 janvier à 16 h, suivi d’un échange avec Nicolas Philibert.
Nicolas Philibert n’a pas vingt ans quand il débute comme stagiaire aux côtés du cinéaste René Allio pour lequel, quelques années plus tard, il devient assistant-réalisateur sur Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère… (1975), une expérience fondatrice qu’il se remémore dans Retour en Normandie (2007). Entre le prix Louis-Delluc attribué à Être et avoir (2002), considérable succès public, et l’Ours d’or du Festival de Berlin en 2023 décerné à Sur l’Adamant, première partie d’un triptyque consacré à l’accueil d’adultes souffrant de troubles psychiques, Nicolas Philibert, auteur d’une bonne vingtaine de documentaires, a accumulé les distinctions. Depuis 25 ans, plus de 130 hommages et rétrospectives de ses films ont été organisés de par le monde. Il a filmé des patrons (La Voix de son maître, coréalisé avec Gérard Mordillat, 1978), les coulisses du Louvre (La Ville Louvre, 1990), des personnes qui vivent dans le silence (Le Pays des sourds, 1992), le quotidien des patients et soignants de la clinique de La Borde (La Moindre des choses, 1997), une femelle orang-outan, doyenne des pensionnaires du jardin des Plantes (Nénette, 2010), des élèves infirmiers dans un institut de formation (De chaque instant, 2018).
Jacques Kermabon