Raphaël Saint-Clair, comédien en fin de carrière et ruiné, donne une soirée d’adieu dans une petite ville de Provence. Il quitte la scène et entre, le lendemain, à l’hospice privé de Saint-Jean-la-Rivière, où échouent les vieux comédiens nécessiteux.
France, 1938, noir et blanc, 108 min.
Réalisation : Julien Duvivier. Scénario : Charles Spaak, Julien Duvivier. Dialoguiste : Charles Spaak. Avec : Louis Jouvet (Saint-Clair), Michel Simon (Cabrissade), Madeleine Ozeray (Jeannette), Victor Francen (Gilles Marny), Gabrielle Dorziat (Mme Chabert), Sylvie (Mme Tusini), Gaston Modot (le patron du bistrot), François Périer (le journaliste).
Tout le « gotha » du cinéma français a été mobilisé pour figurer la déchéance des comédiens retirés à Pont-aux-Dames. Avec cruauté, Duvivier utilise cette complicité de la vie et du spectacle et montre un Jouvet vieilli amoureux de Madeleine Ozeray. Derrière la dérision, c’est à mi-chemin de Sunset Bd. et de Premier Amour de Dino Risi, un hommage au théâtre : il faut voir Victor Francen déclamer un de ses anciens rôles, passant le flambeau au jeune François Périer.
Emmanuel Decaux, Cinématographe n° 66, mars 1981, p. 88.
Julien Duvivier
1896 • 1967
Après des débuts comme acteur au temps du muet, Julien Duvivier devient assistant et fait ses premiers pas de réalisateur en 1919, avec un western tourné en Corrèze, Haceldama ou le Prix du sang. Quand sort son dernier film muet, Au Bonheur des dames (1929), il est déjà une figure reconnue du cinéma et enchaîne, dans les années 1930, des films qui lui valent une renommée internationale. Pépé le Moko (1936) fait l’objet d’un premier remake à Hollywood dès 1938, réalisé par John Cromwell. Après une carrière américaine sans grand relief, revenu en France après-guerre, il rencontre un triomphe, au début des années 1950, avec Le Petit Monde de Don Camillo (1952), qui met en scène la rivalité, dans une petite ville italienne, entre Peppone, le maire communiste (Gino Cervi) et Don Camillo (Fernandel). Hormis un pessimisme récurrent envers la nature humaine, on peine à discerner une ligne directrice dans sa filmographie éclectique et inégale (près de soixante-dix titres). En revanche, on peut louer aisément la qualité de ses réalisations, la précision de sa direction d’acteur (il a fait tourner les plus grands : Jean Gabin, Harry Baur, Danielle Darrieux, Michel Simon, Mireille Balin, Charles Vanel, Edwige Feuillère, Louis Jouvet, Brigitte Bardot), l’ossature de sa construction dramatique (aux côtés des meilleurs scénaristes de son époque) et saluer une caméra souvent virtuose.
Jacques Kermabon