Tracy Lord, fille aînée d’une grande famille de Philadelphie, rompt brutalement avec son mari, C. K. Dexter Haven, qu’elle accuse de trop aimer l’alcool. Deux ans plus tard, dans la belle demeure des Lord, se prépare une réception en l’honneur du prochain mariage de Tracy avec George Kittredge, que toute la famille Lord, à commencer par la fille cadette Dinah, ne tient pas en grande estime.
The Philadelphia Story, États-Unis, 1940, noir et blanc, 115 min., vostf.
Réalisation : George Cukor. Scénario : Donald Ogden Stewart, Waldo Salt, d’après la pièce The Philadelphia Story de Philip Barry. Avec : Katharine Hepburn (Tracy Lord), Cary Grant (C. K. Dexter Haven), James Stewart (Macaulay Connor), Ruth Hussey (Liz Imbrie), John Howard (George Kittredge), Roland Young (Oncle Willie), John Halliday (Seth Lord).
Peut-être à cause de la nostalgie que nous en avons, les comédies américaines de la grande époque, qu’elles soient de Lubitsch, de McCarey, de Hawks, de Capra ou, comme ici, de Cukor, se tempèrent souvent pour nous d’un soupçon de mélancolie ; et sans doute l’ambivalence du phénomène comique, l’évidente gravité du rire n’y entrent-ils pour rien. C’est bien d’un monde perdu que ces comédies sont les témoins irremplaçables, d’un paradis où les apparences toujours se réconcilient, où la beauté finale de la rose épanouie fait sans trop de peine oublier les petites égratignures sanglantes de ses épines.
Jean-André Fieschi, « Où finit le théâtre… », Cahiers du cinéma n° 140, février 1963, p. 53.
George Cukor
1899 • 1983
Nourri de théâtre et de culture européenne, George Cukor est l’auteur de quelques-uns des films les plus raffinés du cinéma américain. Sa sensibilité lui vaut d’être courtisé par les plus grandes stars féminines d’Hollywood. Chez Cukor la femme est libre, insolente, obstinée, elle ose afficher ses idées et remettre en cause le héros masculin tel qu’il est d’ordinaire incarné dans le cinéma américain. On sait à quel point le cinéaste a pu combattre les préjugés au travers de ses films, postulant une vision radicalement nouvelle des rapports entre les sexes. Pour autant, il ne faudrait pas réduire à ce seul rôle un auteur dont la carrière se déroule sur plus d’un demi-siècle et qui embrasse presque tous les genres du cinéma avec un égal bonheur. Il a bien dû parfois accepter le carcan du système mais il a su en subvertir les codes et les modèles. À l’instar d’un Billy Wilder, Cukor a eu le rare privilège d’établir un pont entre le Hollywood d’hier et d’aujourd’hui, travaillant sans relâche avec, jusque dans ses derniers films, une verve toute juvénile.
Vincent Vatrican