Le gentleman-escroc Gaston Monescu et sa compagne Lily, ayant écumé plusieurs palaces internationaux, gagnent Paris où ils jettent leur dévolu sur une nouvelle victime : la riche et belle Mariette Colet. Fort de ses bonnes manières et de son élégance raffinée, Gaston n’a guère de peine à se faire embaucher comme homme de confiance.
Trouble in Paradise, États-Unis, 1932, noir et blanc, 83 min., vostf.
Réalisation : Ernst Lubitsch. Scénario : Samson Raphaelson d’après la pièce The Honest Finder d’Aladar Laszlo. Avec : Miriam Hopkins (Lily), Kay Francis (Mariette Colet), Herbert Marshall (Gaston Monescu), Charles Ruggles (le major), Edward Everett Horton (François Filiba).
Le film préféré de Lubitsch. Il n’a jamais poussé plus loin l’élégance abstraite de sa mise en scène, pleine de litotes et de sous-entendus. Il n’a jamais déployé plus de charme et de virtuosité pour créer un univers entièrement bâti d’artifices et de conventions, de faux-semblants et de masques. Mais ses conventions, il les invente lui-même et elles servent à exprimer sa vision du monde.
Jacques Lourcelles, Dictionnaire des films, Des origines à 1950. Bouquins éditions, Paris, 2022, p. 549.
Ernst Lubitsch
1892 •1947
Fils d’un tailleur berlinois, il fait ses premiers pas dans des cabarets avant de monter sur les planches dans la troupe du fameux Max Reinhardt. En 1912, il entre au studio Bioscop de Berlin, où il devient populaire en interprétant le rôle de Meier dans une de ces séries comiques dont le cinéma d’alors regorge. C’est en tant que metteur en scène qu’il s’impose très vite avec des films comme Les Yeux de la momie (1918) ou La Princesse aux huîtres (1919). Appelé à Hollywood par Mary Pickford, il la dirige dans Rosita (1923), premier d’une longue série de succès. Rompu à la pratique de la scène, loin d’être désarçonné par le parlant, il sait associer la force expressive du muet et les ressorts du dialogue pour peaufiner une mise en scène dont la force de suggestion et l’élégance lui ont valu le qualificatif de Lubitsch Touch : une manière d’aborder des questions graves avec humour, une imparable fluidité, un sens de l’allusion, du sous-entendu, qui ne passe pas uniquement par les dialogues à double sens mais aussi dans le jeu des acteurs et le traitement de l’espace, tout un art que son complice Billy Wilder résumera sur le tard par cette formule : « Lubitsch en dit plus avec une porte fermée que les réalisateurs d’aujourd’hui avec une braguette ouverte ».
Jacques Kermabon