Alice White est fiancée à un jeune inspecteur de Scotland Yard. Par jeu et par coquetterie, elle accepte de suivre chez lui un peintre qui lui a demandé d’être son modèle. Mais celui-ci a d’autres intentions moins avouables. Elle échappe à son agresseur en le poignardant avec un couteau à pain qu’elle trouve à portée de main. Après avoir rapidement maquillé les indices, elle s’enfuit mais, dans la précipitation, oublie un de ses gants.
Blackmail, Royaume-Uni, 1929, noir et blanc, 77 min, version muette.
Réalisation : Alfred Hitchcock. Scénario : Charles Bennett, Garnett Weston d’après la pièce de théâtre Blackmail de Charles Bennett. Avec : Anny Ondra (Alice White), John Longden (l’inspecteur Frank Webber), Sara Allgood (Mme White), Charles Paton (M. White), Cyril Ritchard (Crewe), Donald Calthrop (Tracy).
Chantage, premier film sonore anglais, est un magistral morceau de cinéma. À des prouesses visuelles qui sont devenues célèbres, Hitchcock ajoute une intelligence des moyens sonores absolument stupéfiante. Il mène son récit […] à un train d’enfer en le scandant d’ellipses étonnantes et de coups de poing visuels (images-choc et mouvements d’appareil vertigineux à valeur psychologique) et en utilisant la bande sonore systématiquement en contrepoint avec l’image. En outre, on trouve déjà dans Chantage le thème du transfert de meurtre […] qui va devenir une des constantes de l’œuvre d’Hitchcock.
Marcel Martin, Cinéma 61 n° 59, août-septembre 1961, p. 99.
Alfred Hitchcock
1899 • 1980
Dans ses premiers films, tournés en Angleterre, où la dominante policière est déjà là, Alfred Hitchcock construit, avec une fascination toute mécaniste, un monde menacé par le dérèglement, un cinéma qui possède ses lois et ses propres effets. Appelé par Hollywood en 1940, Hitchcock s’y forge une image de « maître du suspense » qui lui garantit succès et indépendance, fait rare dans le cinéma américain de l’époque. Conçu par lui comme une gageure, chaque film, qu’il soit d’espionnage ou d’inspiration policière, est un exercice de style, une manière chaque fois différente de sidérer le public. Autant que la maîtrise du suspense et son intérêt avoué pour les criminels machiavéliques, le renouvellement permanent des formes et l’approfondissement des sujets traités sont des données essentielles de son œuvre : le thème du double et du fantôme, venu des abysses du roman anglo-saxon, le transfert d’identité, le cercle infernal de la culpabilité, l’ambiguïté des relations entre les sexes alimentent invariablement ses films, où la séduction de l’histoire est inséparable de sa vérité morale. Le génie d’Hitchcock consiste précisément à superposer l’histoire intime des personnages à l’aventure fascinante et spectaculaire qu’ils sont en train de vivre, selon une recette qui ne s’est jamais démentie tout au long de sa carrière, mélange inimitable d’angoisse et de fantaisie qui rend ses films très accessibles, tout en conservant une profondeur, une part de mystère que la critique et les exégètes se sont employés à analyser.
Vincent Vatrican