Au nom de cette sacro-sainte vérité, voilà où ils en sont les riches Jerry et Lucy Warriner : après dix ans de mariage, dix ans de vie commune sans nuages, dix ans de fidélité, ils en sont à trinquer à la fin de leur histoire d’amour, tout en se rappelant avec nostalgie leur première coupe de champagne.
The Awful Truth, États-Unis, 1937, noir et blanc, 91 min., vostf.
Réalisation : Leo McCarey. Scénariste : Viña Delmar d’après la pièce The Awful Truth d’Arthur Richman. Avec : Irene Dunne (Lucy Warriner), Cary Grant (Jerry Warriner), Ralph Bellamy (Daniel Leeson), Alexander D’Arcy (Armand Duvalle), Cecil Cunningham (la tante Patsy).
Sans atteindre les sommets de ses plus grands chefs-d’œuvre, Cette Sacrée Vérité possède une perfection quasi intemporelle. En particulier ses gags, discrètement burlesques, menés sur un rythme vif mais qui n’a rien d’artificiel, témoignent d’une sobriété, d’une absence d’outrance qui aujourd’hui encore, comme à sa sortie, suscitent la jubilation reconnaissante du public.
Jacques Lourcelles, Dictionnaire des films, Des origines à 1950, Bouquins éditions, Paris, 2022, p. 192.
Leo McCarey
1898 • 1969
Il est sans conteste l’un des rois de la comédie américaine. Leo McCarey fait ses classes chez Hal Roach dans les années vingt et transpose dans l’univers du cinéma parlant sa science des effets comiques, forgée à l’école du burlesque des Charley Chase, Laurel et Hardy et autres Marx Brothers. Dans L’Extravagant Mr Ruggles (1934), McCarey met en place les caractéristiques de son œuvre à venir : gravité sous-jacente de l’histoire, préoccupations sociales discrètes mais précises, élégance de la mise en scène. Son œuvre alterne comédies, dans lesquelles se développe un certain génie de l’absurde (La Brune brûlante, 1957), et mélodrames, où s’expriment son instinct musical, une vision idéaliste du monde et un sens aigu du retournement émotionnel, mélangeant parfois les deux genres à l’intérieur d’un même film. En 1957, le cinéaste réalise un remake d’un film qu’il avait lui-même tourné vingt ans plus tôt, Elle et Lui, film d’une beauté et d’une profondeur saisissantes, où la gravité et l’humour cohabitent en parfaite harmonie, le spectateur vivant en communion le destin et les sentiments des personnages.
Vincent Vatrican